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Le passé illuminé où le future sombre

II fut un temps, où tout allait bien. Où l'humanité avait trouvé sa place, entre les forêts, les mers, les montagnes, les fleuves, les animaux et les déserts. Où l'on vivait en paix et où l'utilisation de la technologie était un bien pour tous. Où le monde utopique était né. II fallut dix mille ans pour que cet univers d'amour naisse, alors que trente secondes suffirent pour qu'il disparaisse... Ce monde fut la victime d'un être minéral sans jugements, sans aucuns sentiments, venant des cieux pour le frapper de plein fouet.

Seize années ont passé depuis cette terrible catastrophe, et pendant tout ce temps, Naïade a vécu enfoui dans un abri souterrain. C'est Jodana qui l'avait recueilli à l'âge de un an avec deux autres enfants : Miranda et Zarach. Jodana était une femme de cœur qui les avait aidés à grandir tant bien que mal dans un monde détruit. Elle était douce et compréhensive, mais intransigeante quand il était question de sortir à l'extérieur. Car dehors, tout n'était que poussière et débris. L'ombre avait saisi ce monde désœuvré de son bras noir, laissant le champ libre aux bêtes sauvages.

Chaque soir, après le repas, cette petite famille reconstituée avait une habitude : ce réunir autour du feu pour écouter Jodana raconter une histoire d'avant la Grande Nuée. Ce soir là, ce fut le récit des parents de Naïade, bien connut par tous, qui fut choisi.

- Ma chérie, commença la femme, je rencontrai ta mère à l'âge de onze ans. Elle venait d'une contrée lointaine au sud, et ne connaissait personne. Mais n'étant pas timide, elle se fit vite plein d'amis.

« Vona, de son vrai nom Vonaskanovich, débordait de joie de vivre. Elle s'exaltait à la vu d'un coquelicot, sa fleur préféré, se délectait de la saveur du chocolat, et ne se lassait pas de scruter le ciel â la recherche de nuages â la forme insolite. Là où je voyais de gros paquet de coton blanc, elle y trouvait des ours, des lapins, des arbres, que de choses merveilleuses ! Nous étions comme les deux doigts de la main ! Nous voulions grandir ensemble, et vivre dans des maisons voisines, jusqu'à la fin de nos jours.

« A l'âge de vingt-deux ans elle rencontra Vald, ton père. C'était un homme doux, gentil, plein de tendresse, un homme fait pour ta mère.

- Et ils tombèrent amoureux dès le premier regard, pour ne plus jamais se quitter, l'interrompît Naïade.

- Eh ! Laisse-moi raconter l'histoire. Donc oui ils s'aimèrent follement dès la première seconde et n'arrêtèrent jamais. Tu es le fruit de leur amour, Naïade. Un fruit très joli, qui ressemble beaucoup à sa mère, oui vraiment beaucoup... Jodana se perdit en contemplation de la longue chevelure brune de la jeune fille.

- Et après ? demanda Zarach.

- Et bien après, il y eu la Grande Nuée. Quand on a apprit qu'elle arrivait de l'est, moi et tes parents nous nous sommes protégé. Malheureusement, beaucoup de gens n'eurent pas le temps de se mettre à l'abri, et ce fut l'hécatombe. Bien entendu, tout le monde s'entraida pour reconstruire, mais l'air était devenu irrespirable.

« Les gens voulurent partir vers le nord pour trouver de l'aide. Ta mère et ton père se sentirent bien évidemment obliger de les suivre pour apporter leur aide eux aussi. J'ai proposé de te garder Naïade, afin que tes parents puissent avoir l'esprit tranquille pendant qu'ils s'occupaient des rares survivants.

- Pourquoi ne sont ils pas encore revenu ? demanda tristement Naïade.

- Parce qu'il y a beaucoup de dégâts à réparer, répondit Jodana. Aller, il se fait tard, tous au lit !

- Merci pour l'histoire, fit Naïade. Bonne nuit.

Les jeune gens se dirigèrent vers la cavité souterraine qui leur servait de dortoir commun. C'était rudimentaire mais beaucoup plus accueillant que l'extérieur froid et sombre.

- Salut Mounchka ! fit Zarach en s'approchant de la petite boule de poils lovée dans le fauteuil près de l'entrée.

Mounchka était un taupar, une sorte de taupe croisée avec un chien. De nature très câline cet animal avait été délaissé par sa mère à la naissance, c'est alors que les enfants l'avaient adopté. Miranda le pris par le cou et le serra très fort contre sa poitrine.

- NIARK ! NIARK !

- Arrête ! Ordonna Naïade. Tu vois bien que tu l'étouffes ! Le taupar se dégagea des bras trop aimant de Miranda et couru dehors.

- Mounchka revient ! Implora Miranda.

- Ce n'est pas grave, dit Zarach, le portail est fermé, il ira juste se cacher.

- Euh...

- Miranda ?! Tu ne vas pas me dire que tu as oublie de fermer la porte quand tu es revenu ?

- Je voulais le faire après manger... Je suis désolé...

Ils se précipitèrent vers la sortie, mais trop tard. Ils découvrirent que leur peur était fondée : la porte était entrouverte ne laissant dépasser que la queue de Mounchka. Miranda se précipita et essaya d'attraper l'appendice, mais elle ne réussi qu'à s'étaler par terre. Les trois jeunes gens passèrent alors la tête au dehors pour découvrir que Mounchka se dirigeait gaiement vers la forêt des Arbres Morts.

- II faut aller le chercher ! s'écria Naïade.

- Oui, mais dehors c'est dangereux, répondit Miranda.

- Ce n'est pas grave, on n'a pas le choix, dit Naïade. Zarach viens avec moi.

Ils sortirent. Des les premiers pas ils sentirent le vent froid mordre leurs joues et s'engouffrer dans leurs vêtements, Naïade regarda à droite, à gauche, il était difficile d'y voir claire dans le noir de la nuit permanente. Arrivé à quelques mètres seulement du taupar, elle vit celui-ci pénétrer dans les bois, elle continua à avancer, quand une voix l'interpella :

- Naïade ! Non, n'y vas pas ! Tu sais qu'il nous est interdit de rentrer dans cette forêt, c'est beaucoup trop risqué !

- II le faut. Mounchka a déjà été abandonné par sa mère, je ne peux pas lui faire subir cela une deuxième fois ! Et sur ces mots la jeune fille disparue, elle aussi entres les arbres.

Des branches griffaient le visage de Naïade, au fur et à mesure de sa course, mais elle n'y prêtait guère attention. Elle ouvrait les oreilles. Suivre le taupar aux bruits de ses pas, était la seule solution. Elle déambula plus d'un quart d'heure entre les arbres menaçant, avant d'entendre un «niark» reconnaissable pas très éloigné. Mounchka était prisonnier d'un buisson, Naïade entrepris de le délivrer.

Tout d'un coup un froissement de feuille. La jeune femme se retourne vivement. Des voix approchent, Des voix humaines. Naïade ne les reconnaît pas. Elle prend le taupar et se faufil derrière un bosquet. Se sont deux hommes. Un homme est grand et blond, il a une quarantaine d'années et parle fort. L'autre est un petit plutôt replet à la figure sale. Il se met à parler :

- Pourquoi m'emmènes-tu ici ?

- Personnes n'entre dans ces vieux bois, c'est un endroit parfait pour notre transaction.

L'homme blond sort un paquet contenant une sorte de farine.

- Cocaïne de première qualité. 53 Sgals le gramme. II y a 500 grammes. Explique Le grand qui parle fort. . '

- C'n'est pas une affaire... 50 le gramme !

- Je ne négocie pas.

- OK, OK.

- Où est l'argent ?

- Voila. Le compte y est.

- Merci.

L'homme blond prend la valise, vérifie les dires du Petit replet, sort un objet en L de sa ceinture. Un grand bruit. L'homme à la figure sale tombe au sol.

- Fallait te méfier Bazile. La mort est survenue sans que tu t'y attendes. Dommage pour toi.

Sur ces mots, il prend la farine, la valise et s'en vas d'une marche rapide.

Naïade était pétrifiée par se qu'elle venait de voir. Jodana lui avait toujours répétée que les survivants les plus proches habitaient à plusieurs kilomètres de la base. Mais surtout, elle ne comprenait pas pourquoi ces hommes étaient venus dans la forêt des Arbres Morts pour échanger de la farine contre une valise remplie de petits papiers verts. Comment se faisait il que le Petit replet s'était subitement affalé de tout son long ? Naïade se rappela que l'homme se trouvait encore à terre.

Elle se dirigea, lentement, vers le corps, son coeur battant la chamade, sa respiration rapide. II était couché sur le dos et possédait une grosse tache rouge sur le devant de sa chemise. Naïade comprit qu'il était blessé. Elle se précipita alors vers lui pour essayer d'arrêter l'hémorragie. L'homme vivait toujours, poussant quelques grognements. Il ouvrit les yeux et regarda la jolie fille agenouillée auprès de lui. II sourit, tendit la main, Naïade fit un geste pour la lui prendre mais elle retomba entre temps. II était mort.

Naïade était désemparée. Pourquoi cet homme avait perdu la vie ? Mais surtout comment ?! Alors une idée lui vint à l'esprit. Mais c'était impossible ! II y avait forcement une autre solution ! L'homme blond n'avait pas pu faire mourir le petit ! Cela n'existe pas des hommes qui en font mourir d'autres !

La truffe humide de Mounchka ramena Naïade à la réalité. Elle se rendit soudain compte qu'elle était perdue en pleine forêt, qu'il faisait nuit et froid et qu'elle avait les mains couvertes de sang! Naïade se leva et dit au taupar en essuyant les larmes de ses joues :

- Cherche maison, allé !

Elle eu l'impression d'avoir marché des heures et des heures quand elle arriva enfin. Elle alla directement se laver les mains. Frottant, frottant, à n'en plus finir, bien après que la dernière goutte de sang ai disparût...

Il n'y avait personne dans la grande salle quand elle y passa. Elle ne savait pas du tout combien de temps s'était écoulé depuis son départ, en fait elle était incapable de penser. Naïade partie se coucher. Personne ne dormait dans le dortoir.

- Oh Naïade ! S'écria Miranda. Tu es enfin revenue ! On a eu peur pour toi, ça fait une heure et demis que tu es partie !

- Je me suis perdue dans les bois, répondit Naïade machinalement, je suis fatiguée. Bonne nuit.

Elle se glissa dans son lit et s'endormit aussitôt.

Le lendemain, en se réveillant, Naïade ne souvint pas tout de suite de l'endroit où elle était et de ce qui c'était passé la veille dans la forêt. Sa tête la faisait souffrir, sa nuit avait été ponctuée par des cauchemars horribles.

- Naïade, tu es sûr que ça va ? Demanda Miranda. Tu es toute pâle. Tu nous le dirais si quelque chose c'était passé dans le bois des Arbres Morts ?

- Mmmm...Que dis-tu ?

- Tu vois tu ne m'écoute même pas !

- Excuse-moi, mais j'ai mal dormi.

- Tu veux que je fasse tes corvées, pour que tu puisses te reposer.

- Merci, mais ce n'est pas la peine.

La journée se déroula comme d'habitude. Chacun vaquait à ces occupations, et Naïade se concentra sur son travail pour ne pas trop repenser à la veille...

Ils mangèrent ce soir là dans un silence de plomb, tout le monde était exténué.

- Jodana... Fit Naïade, interrompant le silence.

- Oui, ma chérie ?

- Euh... Je sais que cette question est sans doute idiote, mais... Est-il possible qu'un homme fasse mourir un autre homme ?

Murmures autour de la table...

- Par accident tu veux dire ?

- Euh... non... exprès ?

Les murmures se transforment en paroles de stupéfaction.

- S'il vous plaie mes enfants, calmez vous. Naïade je ne comprends pas, où est tu allé chercher cette idée ? Un homme qui en tue un autre...

- "Entu" ? Demanda Miranda.

- Cela vient du verbe tuer. Un rocher peut tuer un humain, un animal peut tuer un humain, mais un humain ne peut pas tuer un autre humain !

- Pourquoi ? Questionna Naïade.

- Mais parce que les humains sont faits pour s'entraider et non pour s'entre-tuer, c'est absurde !

II faisait noir dans le dortoir où Naïade tentait de s'endormir. Une multitude d'images lui traversaient l'esprit : la nuit permanente du dehors, des arbres, une course, un buisson, des hommes, des cris, du bruit, du sang, énormément de sang... Elle voyait ses parents, l'abandonnant aux tendres soins de Jodana, l'embrassant et lui disant qu'ils l'aimaient. Naïade sombrait peu à peu dans le sommeil.

Un calme plat. Un souffle gigantesque dévastant tout sur son passage, Des cris, des pleurs. Une odeur de mort... Naïade est entourée d'arbres. Que faire ? A gauche ? A droite ? Elle entend des pas devant elle. Elle court pour les rattraper. Là, se trouvent deux hommes qui parlent. Un grand bang! Naïade se sent basculée en arrière. Elle tombe, tombe... Elle est engloutie dans une eau tiède au goût ferreux. Ses yeux sont agresses par le rouge dominant. Ses pieds touchent une surface plane. Les arbres l'entourent à nouveau et un homme cours à sa droite. Elle le poursuit. « Naïade ! Non ! Reste ici c'est trop dangereux ! ». La jeune fille est fouettée par les branches aiguisées, elle est essoufflé, mais ne s'arrête pas. Devant une lueur. La fin du bois à quelques pas.

L'homme disparaît dans la lumière. Naïade ralentit, hésite puis franchit le seuil de l'inconnu...

La jeune fille se réveilla. Elle était en sueur, et ne se rappelait plus trop du rêve qu'elle venait de faire. Mais une chose était sûre, il fallait qu'elle sache. Qu'elle sache ce qu'il y avait derrière la forêt des Arbres Morts qu'on lui avait interdit depuis sont enfance. Elle se leva sans faire de bruits et, après s'être habillée, se glissa au-dehors. Naïade s'engouffra dans le couloir et fut plongée dans l'obscurité de la caverne. Elle alluma sa lampe de poche, et balaya son chemin du faisceau lumineux jusqu'à la grande porte menant vers l'extérieur.

Elle ne pouvait pas attendre le jour, où l'obscurité était moins dense, malgré les dangers supplémentaires la menaçant telle une épée de Damoclès. La caverne où vivait Naïade lui semblait tout d'un coup mystérieuse elle aussi. Comment ce faisait il que Jodana, Miranda, Zarach et elle même étaient confinés dans cette base, si d'autres humains vivaient, eux, à l'extérieur sans aucunes craintes ? Jodana le savait elle?

Tout en s'interrogeant, Naïade enfilait son manteau et ses bottes en peau de taupar. Elle prit la clé accrochée sur le mur, ouvrit la porte principale. Un grincement raisonna interminablement dans la nuit éternelle, noire et glacée. La jeune fille sortie et cacha la clé sous une pierre en forme de cœur. Faisant quelques pas, puis s'arrêtant, elle regarda avec envie sa vie d'avant dépourvue de doutes. Naïade ferma les yeux comme pour effacer cette pensée, le liquide de nettoyage coula le long de sa joue. La fille de Vona s'efforça, alors, de prendre le même chemin qu'elle avait emprunté à la poursuite de Mounshka.

Elle traversa la forêt l'esprit vide. Elle ne rencontra aucunes difficultés, aucunes bêtes sauvages. Une lumière. Comme dans son rêve... Pendant un instant elle voulu faire demi-tour, mais ses jambes ne répondaient plus. Maintenant qu'elle était là, elle devait aller jusqu'au bout... Naïade pris une profonde inspiration et s'élança, le corps tremblant, vers l'étrange lumière aussi effrayante qu'attirante...

Ce fut l'odeur qui agressa en premier les sens de Naïade. Jamais elle n'avait sentit une telle pestilence ! A côté les crottes fraîches de Mounchka étaient une douce fragrance... Puis elle retrouva la vue.

De grandes et hautes structures encadraient son champ de vision. Grise. Quelques points lumineux fixés sur les parois des barres éclairaient une grande rue recouverte d'une matière noir et lisse. Mais ce paysage était délabré. La route, jonchée de débris : roches, métal, offrait un spectacle de désolation. Tout en contemplant ce tableau cataclysmique, la jeune fille avança doucement, longeant les fenêtres brisées.

Une voix. Plusieurs voix. Il y avait du bruit dans l'une des structures. De la lumière venait de l'intérieur. Naïade savait qu'elle était loin de sa base. Jodana lui avait toujours formellement interdit de s'éloigner plus loin que la lisière des Arbres Morts. Elle ne devait pas être là et pourtant... La curiosité est beaucoup trop forte.

Elle repérât la porte, et s'en approcha, saisi la poigné, celle-ci tourna sans résistance, et elle lui ouvrit l'accès à la vérité...

La vérité avait plusieurs visages : des visages féminins. Des visages souriants, des visages lamentables. Des visages malveillants et des visages sans âmes...

Quelques paires d'yeux se tournent vers la nouvelle venue, personne ne l'a reconnais, cela intrigue. Mais on ne s'attarde pas sur elle, on reprend son verre et ses discussions.

Naïade essaye de se faire toute petite. Elle découvre un endroit sombre, s'y loge et observe.

Ces gens lui font peur. Que font ils ici à boire et rigoler ? N'y a-t-il pas des sinistrés à aider ?

Naïade aperçois, pas très loin d'elle, un tas de chiffons, un homme s'avança et lui donna un coup de pied.

- Réveille-toi Catin !

Une tête se détacha. Qu'elle horreur ! Cette femme ne pouvait être en vie ! C'était complètement impossible !

Elle était squelettique, en tout cas pour ce que pouvait en voir Naïade, c'est à dire le visage, et ses mains ! Ces mains... ces pauvres mains... Elles étaient si fines, qu'un coup de vent aurait pu les casser. Une perle de compassion brilla sur une joue de Naïade. Elle aurait voulu aider cette triste femme, mais n'osait pas... Catin se leva difficilement, toussa, vacilla, et s'écroula à terre. Seuls quelques yeux furent attirés avant de retourner rapidement sur leur verre.

- Aller ! Lève toi salope ! Comment compte tu rembourser ce que tu me doit sinon !? Y a un client qui t'attend en haut ! Lui cracha l'homme.

Sur ce, il l'attrapa par le col et la souleva de terre pour lui asséner une gifle qui la renvoya au même endroit. Il se défoula alors sur la frêle Catin qui gémissait sous les coups répétés de l'homme.

Personne ne réagis. Comment cela était ce possible ? Quel était ce terrible cauchemar que Naïade faisait ? Pourquoi ces gens ne bougeaient ils pas le petit doigt ?

Sans s'en rendre compte, l'étrangère se jeta entre cet homme ignoble et sa victime. Ses yeux entrèrent alors en contact avec ceux de l'homme. Ce regard, empli de haine et de colère, cloua Naïade sur place. Jamais elle n'aurait imaginé qu'autant de ces sentiments pouvaient être contenus en un seul homme...

Une grande douleur à la tête.

- Vona?! Entend-t-elle au loin.

Le noir. Le froid. L'abandon.

- Vona, va te mettre à l'abri avec la petite !

- Et toi Doléron, que vas-tu faire ? Cri Vona, couvrant à peine les hurlements et la sirène qui retentie dans la ville.

- Je vais aider les autres. Mes sœurs et ma mère ne sont pas loin, et n'ont pas de cave. Je vais les conduire dans les cavernes, toi cours te protéger.

Naïade, dans les bras de sa mère, se sent ballottée. Les gens s'affolent de toutes parts. Vona sert tellement fort sa fille, que celle-ci a du mal à respirer. Enfin elles arrivent chez elles.

- T'étais où ?! Vociféra une voix d'homme avachis sur un fauteuil au fond de la pièce. Encore en train de faire la putain ?!

- Il faut se mettre à l'abri, mon chéri, n'entend tu pas la sirène ?

- Ne me prend pas pour un crétin ! Tu sais ce qui t'arriveras sinon ?! Vas tout de suite me cherche un verre de Vodka ! Beugla-t-il, alors qu'il avait déjà bu plusieurs verres de cette fameuse boisson.

La petite Naïade est perdue. Tout bouge trop vite autour d'elle, tout cri beaucoup trop fort... Elle pleure.

- Et fait taire cette gamine, sinon c'est elle qui va s'en prendre une !

L'enfant est emmenée dans la cave et déposée sur le sol. Alors de beaux yeux verts humides, rempli de l'amour unique d'une mère pour son enfant, se pose sur elle.

- Ne t'inquiète pas ma chérie. Tout ira bien, maman revient vite, d'accord ?

Vona donna un dernier baisé sur le front de sa fille et disparue à tout jamais dans les escaliers fermant la porte derrière elle.

- MAMAN ! Ne me laisse pas seule dans le noir ! Maman !

- Naïade ! Naïade réveille toi !

La jeune fille se leva en sursaut de son lit, le visage ruisselant de sueur. Autour d'elle la pièce était floue. Mais l'odeur ne trompait pas, elle n'était pas chez elle.

- Où est ma maman ?... Dit elle encore sonnée.

- Ne t'inquiète pas Naïade, fit une douce voix d'homme, tu es en sécurité ici. Allé recouche toi.

La jeune fille se rallongea sur le lit mou et puant, dont on sentait chaque ressort. La vue ne lui revenait pas, ce qui n'aidait en rien à la rassurer.

- J'ai du mal à voir, tout est brouillé... Où suis-je ?

- C'est normal, tu as pris un mauvais coup à la tête. Pourquoi es tu intervenue ? Tu voulais te faire tuer ou quoi ?! ... S'exclama l'homme. Désolé... Mais en fait, je ne comprends même pas ce que tu fais ici, je te croyais morte...

- Morte ?! Pourquoi ?

- Je me nomme Doléron. J'étais un ami de ta mère dans le temps. Je te connais toi aussi, mais la dernière fois que je t'ai vu c'était le jour de la catastrophe, tu n'avais qu'un an. Je t'ai cherché après que j'ai appris que ta mère était morte mais...

- Quoi ?! Non, vous vous trompez, ma mère n'est pas morte. Elle est partie aider les sinistrés avec mon père.

- Avec ton père ? Cet ignoble poltron ? Ah non ! Par bonheur, lui aussi a crevé ! Tué par l'alcool.

- Lalcol n'a pas tué mon père, ni personne d'autre d'ailleurs ! Mes parents sont allés aider les sinistrés. Insistât elle.

- Naïade, mais de quels sinistrés tu parles ? Demanda Doléron de plus en plus inquiet.

La jeune fille, n'y comprenait rien. Elle était perdue, trop de choses ce bousculaient dans sa tête : un homme tuant un autre homme, une ville qui ne devrait pas être là, Catin : une pauvre fille décharnée, et cet homme, Doléron, qui ne savait même pas qui étaient les sinistrés...

- Et bien, les sinistrés ! Ceux qui ont été le plus touchés par la chute de l'astéroïde !

Un silence s'en suivit. Naïade n'y voyait toujours pas mieux, et ne pu distinguer la mine surprise de l'homme assis à ces côtés.

- Naïade, ma chérie, qui t'as raconté cela ?... Où as-tu vécue durant toutes ces années ?...

- Et bien je vie dans la base, juste de l'autre coté de la forêt aux Arbres Morts. C'est Jodana qui nous élève moi et deux autres enfants sauvés de la Grande Nuée.

- Jodana ! Elle est toujours en vie ! Elle est allée se réfugier dans les mines de charbons ! Et c'est elle qui t'a raconté ce mensonge ?

- Oui... Non ! Quels mensonges ? Jodana ne ment pas. Elle sait que ce n'et pas bien.

Naïade avait mal à la tête, horriblement mal à la tête... Toutes ces questions qui la harcelaient... Elle n'était plus sûre de vouloir connaître les réponses.

- Pourquoi m'aurait elle mentit ? Demanda-t-elle, un sourire nerveux au coin des lèvres. Elle se redressa sur sa couche, et fixa l'homme en face. Malgré tous ces efforts, elle n'arrivait qu'à distinguer les contours du visage.

- Mais parce qu'elle est folle.

Le choc fut sans appel. Cette phrase avait été prononcée avec un tel naturel, que Naïade en resta bouche bée. Doléron, lui, continua à parler :

- Je crois que Jodana n'a pas supportée ce qui c'est passé ce jours là. Elle vous a enlevé toi et les autres, pour faire son petit monde parfait dans les mines, comme elle en rêvait jadis...

Naïade repris alors ses esprits, après une telle accusation évidemment fausse.

- Mais c'est vous qui êtes fou ! Ce que vous dites c'est n'importe quoi ! Jodana nous aime et elle n'est pas folle.

- Ce n'est pas sa faute, la pauvre était tellement malheureuse... Laisse-moi t'expliquer. Ta mère était une utopiste, elle voulait un monde parfait, sans violences et fondé sur la solidarité. Elle croyait cela possible, elle y croyait dur comme fer, jusqu'à ce qu'elle grandisse et rencontre ton père...

Ses derniers mots avait été prononcés avec un profond dégoût, et Naïade voulu répliquer, mais était impatiente de connaître la suite. Alors elle se tue.

- Elle tomba éperdument amoureuse de lui, mais ce n'était qu'un rustre continuellement saoul qui la battait dès qu'il en avait l'occasion...

- Vous mentez ! Menteur ! Naïade disait cela avec un peu moins de conviction, car Doléron semblait sincère, et qu'il n'avait aucun intérêt à lui mentir. Mais non, c'était impossible qu'il dise la vérité !

- Si seulement tu avais raison ma pauvre Naïade... J'ai tellement souffert de la voir ainsi. Regarde voici une photo d'elle enceinte de toi...

L'homme tendit l'image. La jeune fille la saisie de ces mains tremblantes... Elle approcha la photo sous son nez pour y voir à peu près claire... La nausée, la colère, l'incompréhension, la tristesse s'insinuèrent dans le corps de Naïade. Car la femme qu'il y avait là, sur la photo, était bien sa mère (Jodana aussi lui avait montré des images), mais on aurait pu la confondre avec Catin.

- Non ce n'est pas elle ! Je n'y crois pas !

- Je suis désolé Naïade... c'est moi qui est pris cette photo, le jour même je lui ai proposé de s'enfuir avec moi et Jodana, loin de Vald. Elle a refusé. J'aurais du l'y contraindre...

Et un jour la Grande Nuée, comme tu l'appel, est arrivée. Mais elle n'était pas due à une météorite, mais à une bombe...

- Une... bombe ? C'est quoi ?

- Un explosif. Une bombe très puissante, un peu comme une météorite, mais créé par l'homme pour tuer d'autres humains... Celle dont on parle a fait un milliard de morts en 15s et un milliard de plus en trois ans à cause des radiations, de la famine...

- Non ! Cria Naïade. Non ! Vous êtes fou ! Des hommes n'en font pas mourir d'autres ! Ce n'est pas vrai ! Jodana la dit, c'est impossible ! C'est la météorite qui a fait tout ces morts ! Naïade eu alors l'image de ses mains ensanglanté. Du visage d'un petit replet en train de mourir... Non ! Elle éclata alors en sanglot.

- Jodana n'a pas supporté cette idée non plus. Devant une telle horreur, elle a dû perdre la tête. Elle n'était pas comme ta mère qui avait comprit que les hommes n'étaient pas parfaits, qu'ils étaient plus inhumains que n'importe quel animal. Elle vous a entraîné toi et tes compagnons dans son délire utopiste, vous a enfermé dans ces cavernes pour vous cacher plus facilement la vérité de la cruauté des hommes. Mais je dois te dire quelque chose Naïade, crois moi, les humains n'ont pas besoin de météorite pour se détruire, ils se débrouillent très bien tous seuls.

Naïade, dont les sanglots restaient maintenant coincés dans la gorge, ne savait plus quoi faire. Pourquoi cet homme lui racontait il tous ces ignobles mensonge ?! Elle ne pouvait plus tenir, il fallait qu'il se taise. Il racontait un passé, illuminé par de nouveaux éléments qui faisait sombrer son futur d'une façon qu'elle ne pouvait supporter !

- ... Et ces 2 millards de morts pour quoi ?! Le pouvoir ? L'argent ? De toute façon qu'elle importance maintenant ? Ils avaient mal calculé la force de leur bombe, après son passage, il n'y avait plus rien ! Ni argent, ni terre, il restait seulement les radiations et la mort... Et si ça avait pu s'arrêter là.... Mais non. Il y a eu les famines, les violences, c'était la loi de la jungle... Jusqu'à la domination par les néo-universalistes. Maintenant l'ordre règne à coup de corruption et de déportation dans des camps de travailleurs. Car les bombes ne sont pas les choses les plus inhumaines dont sont capable les humains en temps de guerre, la torture est bien pire...

- NON ! Arrêtez ! Menteur ! Les hommes s'aiment et s'entraident ! Le monde était parfait ! PARFAIT !

Naïade prit le premier objet qui lui passa sous la main : une lampe. Elle la fracassa sur la tête de l'homme qui tomba aussitôt par terre. Elle n'y voyait toujours rien. Elle chercha la porte à tâtons. Une poignée ! Elle se retrouva alors dehors.

Elle court. Titubant, elle se retrouve dans la rue éclairée par des points lumineux. Elle continue à courir, courir sans s'arrêter. Tout est floue. Elle tombe. Par quel miracle retrouve-t-elle le chemin de la forêt ? Le désespoir peut être... Les branches la fouettent. Ses larmes coulent. Elle est perdue dans le noir des bois. Ses jambes courent toujours. Elle trébuche une bonne douzaine de fois. Mais Naïade n'y fait pas attention, elle est ailleurs, dans un monde douillet au creux de son cerveau. Ce qu'elle fait n'est que réflexes : traverser le champ jusqu'à la porte de la base, prendre la clé sous ce beau cailloux en forme de cœur, aller dans le dortoir, se mettre au lit sans se déshabiller, et s'endormir enfin.

Demain, Naïade se demandera pourquoi elle se réveil habillée. Pourquoi ses vêtements sont sales et déchiré. Pourquoi sa peau est lacérée. Mais jamais elle ne s'en rappellera. Et jusqu'à la fin de sa vie, sa vue restera un peu floue et elle ne voudra plus ressortir de la base, sous aucun prétexte.




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