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Chapitre VII


Le vent souffle d’ouest en est, il est lourd de cendres et de fumée… Des paroles sont prononcées puis portées jusqu’aux oreilles. Les larmes ne coulent plus. Elles sont comme figées par la colère, la révolte.
Une jeune femme rousse se lève, mue uniquement par un sentiment de haine viscérale. C’est lui qui fait bouger ses membres, c’est lui qui regarde les coupables de ces mots, c’est lui qui tire l’épée du fourreau et c’est lui qui demande :
-          Qui ?
Les paysans sont surpris. Doivent-ils avoir peur ?
-          Qui a fait ça !? hurle la Haine.
L’homme trouve cette femme fort présomptueuse. Il ne la craint pas.
-          Tu devrais plus t’inquiéter du sort de ta sœur dans les sous-mondes, plutôt que de vouloir nuire à d’honnêtes hommes.
La Haine rapproche son épée de la gorge de l’humain. Celui-ci la regarde de haut, mais sa femme a peur.
-          Kan ! c’est Kan et sa bande. Et il nous débarrasserons de toi également, fit elle dans un élan de dégoût.
La Haine agi méthodiquement. Elle a eu ses informations. Les spectateurs sont aussi coupables. La non-action est l’action des lâches !
Le sang coule sur la robe de la jument au galop.
La maison à l’aire paisible, des enfants jouent à l’extérieur, ils ne la voient pas entrer. A table se trouvent trois hommes, leurs visages recouverts d’un horrible sourire. La porte claque, l’un des hommes se lève alors et se place devant la Haine.
-          Tu n’as rien à faire là, Sorcière ! Nous nous occuperons de toi en temps…
Sa phrase meurt dans un gargouillis répugnant et il n’a même pas le temps de comprendre ce qui lui arrive avant d’être à terre. Le deuxième homme n’est pas levé qu’il a déjà la gorge tranchée.
Kan essaye de s’enfuir, mais ce n’est pas dans les desseins de la Haine. Une femme s’interpose alors priant, pleurant, suppliant… La Haine n’en a que faire. Elle n’est pas touchée par ces autres sentiments, des sentiments qu’elle ne connaît plus. Se débarrassant de l’obstacle à sa vengeance, elle rattrape l’homme.
Les cris apaisent la Haine. Ses cris de souffrance, ses cris d’agonies…
 
***
 
-          Naël… Naël ! … Quoi ?! … Ah oui c’est vrai… Naïa ! Par Larousse, c’est pas possible ! Naïa s’il te plait fait un effort !…
La jeune fille entendait, dans la profondeur de son esprit, une petite clameur qui l’appelait. Elle n’arrivait cependant pas à émerger de son état de prostration. De toutes façons, qui d’autre pouvait l’appeler que les fantômes la hantant. Depuis qu’elle était là – elle n’aurait su dire combien de temps – elle ne faisait que voir et revoir les visages de ses victimes. De celui de sa sœur. Et surtout ceux, empreint de terreur, des enfants. Les enfants innocents qui, ayant entendu les cris, avaient ouvert la porte sur une scène de cauchemar.
En quittant sa ville, elle n’avait que sa sœur en tête. Puis, après l’enterrement, la mort lui avait semblée une bonne solution. Que pouvait-il lui arriver de mieux ? Que pouvait on souhaiter d’autre à une… meurtrière ?
Malgré cela, en se réveillant de sa maladie, elle avait eu comme la révélation qu’elle devait survivre, pour une raison qui la dépassait. Alors Naïa se laissa porter par les événements présents, sans trop se préoccuper du passé.
Mais il l’avait rattrapé aujourd’hui. Et elle n’avait plus conscience du froid et de l’humidité des lieux où elle se trouvait, mais seulement des visages… ces visages détruits à jamais. Ces enfants…
-          Naïa, par Tufutu, veux tu bien répondre !?
La voix qui l’interpellait se faisait de plus en plus présente. Naïa abandonna, tout à la fois avec soulagement et regrets, ses pensées, ces visages, pour ce concentrer sur les paroles qu’elle percevait.
-          Là haut ! Naïa par ici !
La jeune femme leva lentement la tête. Elle clignât des paupières face à la faible lumière qui parvenait de ce trou au plafond. Au bout de quelques instant ses yeux s’habituèrent un peu et elle pu distinguer une silhouette aux longs cheveux en bataille.
-          Ça y’est elle est réveillée !... Naïa c’est moi.
Elle eu du mal à comprendre ces mots. Qui pouvait bien lui dire cela ? Tout était si confus dans son esprit. En premier lieu, elle cru que ce moi pouvait être sa sœur. Qui d’autre, dans tous ces visages qui la harcelaient, lui aurait parlé avec tant de gentillesse ?
-          C’est moi Roueloïna !
Des souvenirs revinrent alors à Naïa. Des souvenirs d’après… l’Evénement. Marek, Roueloïna, Tolendrin… Leur voyage…
-          Roueloïna… ? répéta-t-elle avec une voix roque.
-          Oui. Ça fait deux jours qu’on essaye de te parler. Ils ne voulaient pas nous laisser faire. Nous avons dû recourir à un… stratagème pour te voir.
Naïa avait du mal à comprendre tout ce que lui disait la femme. Deux jours, déjà ?... Et pourquoi ils tenaient tant à lui parler ? Elle ne méritait aucune attention.
-          Que faites-vous ici? arriva-t-elle à articuler.
-          Il faut qu’on trouve un moyen de te faire sortir de là !
-          Quoi ? Non ! s’écria la prisonnière. Je…
-          Attends deux secondes… Qu’est ce qu’il y a ?… Et bien oui j’allais le lui dire, si tu me laissais un peu tranquille… Si c’est comme ça vas y je te laisse lui parler.
Les cheveux en désordres de la petite femme firent place à la masse beaucoup plus importante qu’était Marek.
-          Par tous les dieux, Renard, que tu as sale mine… Tu aurais pu choisir mieux comme tanière, déclara-t-il un sourire aux lèvres.
Il voulait, avec cette petite pique, faire rire la jeune femme, mais cela était manifestement tombé à plat.
-          Ne t’inquiète pas, nous allons vite te sortir de cette affreuse erreur judiciaire.
Il vit le visage de son renard se tordre dans une grimace de souffrance. Les larmes coulant, les mains tremblant, la bouche ouverte sur une plainte silencieuse. Marek surpris ne savait que faire :
-          Ne t’en fais pas je te dis, demain tout sera réglé. Roueloïna est déjà sur le coup et…
Mais la tête aux cheveux roux couverte de poussière boueuse faisait non. Non, non, non…
-          Ce n’est pas… essaya-t-elle de dire.
-          Quoi ? demanda interloqué Marek.
-          …une erreur ! lâcha-t-elle entre deux sanglots.
Elle eu juste le temps de voir Marek rester immobile une seconde puis disparaître du trou, avant de retomber dans les tréfonds de son esprit, les visages ce succédant encore et encore… sentant de moins en moins l’humidité, la puanteur et n’entendant que de très loin une petite voix.
-          Marek où vas-tu ?... Naïa qu’est ce qui se passe ? Naïa ?!... Quoi !?... Naïa je dois y aller, les gardes se réveillent. Naïa ? Je reviendrais tu m’entends ?... Oui, oui ça va j’arrive. A bientôt Naïa.
 
***
 
Qu’est ce qu’il faisait sombre dans cet endroit, l’odeur était pestilentiel et le froid mordant. Naïa aurait préféré distinguer quelques choses à travers ses paupières ouvertes pour ne plus avoir ses propres images qui se forment, ces images de cauchemar. Après tout, peut-être devait-il en être ainsi. Malgré la douleur, les yeux bouffis, le nez rouge et la gorge serrée, Naïa ne pouvait, ne voulait pas oublier ces visages. Elle en avait envie pourtant, sauf qu’elle n’en avait pas le droit. Elle n’avait pas le droit d’oublier ceux dont elle avait abrégé la vie. Jamais.
Et elle pleurait sans pourvoir s’arrêter, sans se soucier de son nez qui coulait et de sa salive qui se mêlait à ses larmes, tellement elle hurlait sa douleur. Ces moments de crise alternaient avec des périodes de prostration où la tête de la jeune femme semblait vide de tout. Elle restait des heures durant les yeux ouverts, regardant, comme si elle la découvrait pour la première fois, une pierre, une fissure… S’étonnant de tout changement dans son environnement : gravât tombant, poussière volante, rayon de soleil…
 
Justement, c’est dans un de ces états qu’elle vit une peau de fruit lui tomber dessus. Quand l’événement se reproduit, Naïa leva laconiquement la tête.
-          Naïa c’est Roueloïna. Tu vas bien ?
Elle voulu dire quelque chose, mais sa bouche ne s’ouvrait que sur des sons vides. La femme de science dû prendre ça pour une réponse, car elle commença :  
-          Ecoutes, ton procès, si on peu appeler ça comme ça ! Par Juraski c’est vraiment incroyable de… Bref. Je n’ai pas beaucoup de temps. Ils m’ont laissé venir car c’est le jour de Licha et je leur ai dit avoir des ordures à te lancer dessus… Traîtresse ! cria Roueloïna en jetant une poignée d’épluchures. Va pourrir dans les sous-mondes ! Désolé mais il faut que je donne le change, les chevaliers me regardent… Donc ton procès est demain. Nous ne doutons pas qu’ils requéront la peine capital, baissant la voix d’un ton : Tiens toi prête pour ce soir. Espèce de Honkarnis ! fini-t-elle en lui jetant une dernière poignée d’ordure avant de s’en aller prestement.
 
Les propos que venait de prononcer la scientifique résonnaient encore dans l’esprit de Naïa, pendant que d’autres badauds venaient aussi honorer la déesse du lynchage, pourtant elle peinait à les comprendre. Elle cru déchiffrer, dans ce discours, plus inconsciemment qu’autre chose, que des gens voulaient qu’elle meurt, et que d’autres allaient essayer d’empêcher cet acte. Mais Naïa trouvait son compte dans cette situation, elle ne voulait pas qu’on l’aide. Tout ce qui arrivera elle l’avait déjà accepté, elle le souhaitait ardemment d’ailleurs. Que ferait-elle encore dans ce monde ? avec cette vie ? Si la chance lui souriait, elle pourrait peut-être revoir sa sœur bientôt. Et si ce n’était pas le cas, alors c’est qu’elle ne le méritait pas.
 
***
 
Naïa se réveilla en sursaut. Elle n’aurait su dire si elle dormait ou si elle venait de sortir d’une de ces longues périodes de prostration. D’ailleurs, combien de temps s’était écoulé depuis la dernière fois qu’elle avait repris conscience ? la pauvre n’en avait aucune idée. Elle releva la tête pour voir la petite fenêtre au plafond, mais elle ne distingua rien. Il devait faire nuit. Elle se souvint que quelque chose devait arriver justement après le coucher du soleil… Mais quoi ?
Sa tête était lourde et douloureuse, ses yeux la brûlaient affreusement. Elle avait tellement pleuré et pleuré que la force lui manquait même pour verser une seule larme supplémentaire. Elle eu comme une impression bizarre au fond de l’estomac, quelque chose qu’elle se souvenait avoir déjà ressenti. Mais ça vie d’avant lui semblait bien loin. Bientôt, elle oublierait même pourquoi elle se trouvait dans ce trou noir, et elle penserait alors y être depuis toujours. Finalement, Naïa ce mit à prier que cela arrive vite, pendant que la faim la tiraillait et que les visages revenaient…
 
Au bout d’un moment, toujours aussi indéterminé, Naïa entendit comme des bruits de pas approchant de sa cellule. Elle réalisa que c’était la première fois. Personne ne lui avait apporté ni à boire ni à manger depuis qu’elle était là.
Tandis que les bruits de pas se rapprochaient, Naïa se rappela ce qui devait arriver cette nuit : on devait venir la sauver ! Non elle ne voulait pas. Elle souhaitait qu’on la laisse ici. Elle désirait ne plus jamais partir de ce trou puant dont elle était la parfaite incarnation. Elle n’aspirait qu’à sortir une dernière fois, une dernière fois avant de fermer enfin les yeux sur ce monde, sur ces visages…
La porte s’ouvrit alors. Après quelques instants, le temps d’habituer ses yeux à la lumière, Naïa pu distinguer deux silhouettes. Elle reconnu Roueloïna et Tolendrin. Ils affichaient des mines déconfites. C’est alors qu’elle vit un troisième individu qui poussait ces deux compagnons dans la cellule.
-          Et bien voilà ! Vous vouliez retrouver la tueuse rousse c’est chose faite. Sur ce je vous laisse savourer vos retrouvailles. Contant de vous avoir été utile, ajouta-t-il en ricanant.
La porte claqua dans un bruit théâtral avant d’être fermée à doubles tours, laissant les trois prisonniers dans le noir absolu. Les pas s’éloignèrent.
 
Une main se posa sur l’épaule de Naïa, on la secoua doucement. Un linge vint lui essuyer le visage tandis qu’une main lui mettait un peu d’ordre dans les cheveux. Un bout de pain fut approché de ses lèvres et ce n’est qu’avec un certain dégoût qu’elle le manga.
-          Je savais que c’était une mauvaise idée de venir la chercher ! explosa le guerrier.
-          Tol s’il vous plaie, nous n’avions pas le choix !
-          Croire qu’on pouvait faire évader une des personnes les plus recherché de la région, dans la prison même de la capitale marchande du pays n’était que pure folie ! Pourquoi je vous ai suivit, bon sang de Tufutu !
-          Et bien j’aimerais bien le savoir ! répliqua la scientifique. Nous devions tout tenter aujourd’hui, après il aurait été trop tard ! Si vous n’aviez pas cru en nos chances de réussite, vous n’aviez qu’à rester à l’auberge !
-          C’est vous qui m’avez embrouillé l’esprit avec votre discours sur la nature du lien ! cria Tol. Et paradoxal ceci, et fixe par là, et bla bla bla, et on va tous mourir ! Vous n’êtes qu’une…
-          Tolendrin elle ne va pas bien.
-          Quoi elle va pas bien ? demanda-t-il désabusé. C’est normal, ça fait cinq jours qu’elle est dans ce trou à rats !
-          Non. Il y a autre chose. Naïa ?...
La jeune femme secouait la tête dans tous les sens, ces voix la rendaient folle. On la secoua fortement.
-          Naïa !?
-          Je ne veux pas… je ne veux pas…
-          Qu’est ce que tu ne veux pas ? demanda tendrement Roueloïna.
-          Je ne veux pas qu’on me sorte de là… Je veux qu’on me laisse ici.
-          Si on avait pu, intervint le chasseur de tête avec mépris, on l’aurait fait sans hésiter ! Mais ce satané lien nous en empêchait ! Je n’ai pas l’habitude de venir en aide aux meurtrières, moi !
Ce fut comme un coup de couteau dans le ventre de Naïa. Son désespoir grandissait et la force de pleurer lui revenait, tandis que Roueloïna tempérait en vain les débordements de Tol.
-          Non je ne me terrais pas ! De toutes manières elle aura bien ce qu’elle veut puisqu’on va tous crever par sa faute ! Tu entends saleté de sorcière, tu as même réussi à nous emmener dans ta tombe !
Les pleures redoublèrent d’intensité.
-          Pourquoi t’obstine tu à la défendre elle a avoué elle-même être l’auteur de ces atrocités !
Roueloïna ne trouva rien à répondre. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle soutenait Naïa, malgré les faits. Elle avait la conviction que cette femme ne pouvait être mauvaise, sans vraiment en avoir la preuve. Peut-être était ce juste pour contredire l’idée caricaturale qu’on pouvait se faire des sorcières. Néanmoins, les on-dit ne reposent ils pas toujours sur une certaine réalité ?... Tout en se faisant ces réflexions la femme de science serrait Naïa dans les bras de plus en plus fort, la balançant aux grés de ces sanglots.
 
***
 
Naïa n’en pouvait plus. Les accusations de l’homme étaient justifiées, et même si elle en souffrait atrocement, elle les préférait encore largement aux gestes de tendresse que lui prodiguait la femme. Cette attention était pire que les insultes et autres épluchures jetées à travers la fenêtre. Elle ne méritait aucune pitié ! Elle ne pouvait avoir droit qu’à autre chose que de la haine, de la colère et du mépris. Ce ne devait pas être autrement. Elle se révolta donc, soudain, contre les bras qui l’enlaçaient.
-          Non ! laisse-moi ! je ne le mérite pas. Je suis un monstre ! explosa-t-elle.
Si l’obscurité ne lui avait pas caché ses deux compagnons s’aurait été les larmes. Un silence suivit cette rébellion. L’idée qu’elle était seule dans sa cellule et que le reste n’avait été que le fruit de son imagination, traversa l’esprit de Naïa. Tan pis, imaginaire ou réel il fallait qu’elle se confesse :
-          Je ne suis qu’un monstre, répéta-t-elle. La haine a guidé mon arme, ma colère m’a fait souhaiter mille souffrances. J’ai tué froidement ces gens ! Oh par Estul ! jura-t-elle avant de fondre en larmes.
« Himé pardonne moi ! Pardonne ta sœur qui a fauté !... Je suis désolé… Je… je ne savais plus que faire, quand je t’ai vu. Ils… violé… brûlé… Je n’ai pas réfléchis ! J’ai perpétré ces horreurs… Pardonne-moi, répéta-t-elle. 
Elle continua à parler à sa sœur en demandant grâce à ses yeux même si elle ne le méritait pas, en demandant pardon à Kuri, Estul et Keisia, et implorant cette dernière de bien vouloir lui laisser rejoindre sa sœur dans les sous-mondes.
 
***
 
Roueloïna était pétrifiée à quelques mètres de la malheureuse. Ses lèvres ne savaient que répondre à un tel aveu. Que dire après cela ? Que dire à cette femme qui avait tout perdu et qui voulait souffrir mille morts pour expier le meurtre des bourreaux de sa sœur ?
Deux grosses mains saisirent les épaules de Naïa et la souleva de terre :
-          Ecoute moi femme, fit la grosse voix de Tol, tu as pu venger ta sœur de toutes les souffrances qu’elle a subit, réjoui toi, tous n’ont pas ta chance. Tu as bien fait.
Il lâcha la jeune femme qui tint debout que quelques secondes avant de s’écrouler à la fois de faiblesse physique et de désespoir. Personne ne comprenait donc qu’elle n’était qu’un monstre ? Ils ne devaient pas être au courant de tout…
-          Mais j’ai frappé des âmes innocentes qui n’y étaient pour rien ! et les enfants… je ne me souviens même pas ce que je leur ai fait ! s’exclama-t-elle.
-          Les enfants sont sauf, c’est eux qui t’on dénoncé, répondit le guerrier. Quant à ceux qui on essayer de protéger les violeurs de ta sœur, ils ne méritaient pas mieux.
Naïa ne pouvait plus parler, elle ne pouvait plus penser. Elle se contenta de se rouler en boule dans un coin tandis que Roueloïna revenait la bercer.
-          Chuuuut ! Tout va s’arranger. C’est bientôt fini.
 
***
 
Naïa divaguait entre le rêve et le trou sombre où son corps était retenu prisonnier. Ses bribes de songes se mêlaient les uns aux autres sans aucune logique. Toujours ces visages, mais il en venait de nouveau de temps en temps, des personnes que Naïa n’avait jamais vu. Puis, certaines fois, elle ne discernait que du noir. Un noir infini qui lui rappelai quelque chose… Soudain, à travers les lambeaux de pensées plus ou moins conscientes qui la traversaient, elle entendit une voix. Une voix qu’elle identifia comme celle de Keisia sans savoir pourquoi : «J'ai senti qu'un flot, qu'un torrent d'âmes allaient se déverser dans les sous mondes, si toi tu ne restais pas en vie. ». Les derniers mots résonnèrent avec écho dans le vide absolu où elle flottait : « Tu peux les sauver. Toi seule peux les sauver… un flot d’âmes si tu ne reste pas en vie… les sauver… ».
 
Naïa se releva brusquement des bras de Roueloïna, le souffle court, en nage. Elle se souvenait maintenant pourquoi elle tenait tant à rester en vie. Pendant sa maladie Keisia lui avait parlé pour lui demander son aide. Elle n’aurait su dire si la voix entendue tenait du rêve, du souvenir ou si la déesse venait de se rappeler à elle. Mais peu importe, elle devait sortir de là.
-          Roueloïna ?
-          Oui.
-          Il faut sortir d’ici. Je ne dois pas mourir.
-          Ah ! en voilà une nouvelle, intervint Tol.
-          Je ne peux pas l’expliquer maintenant. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que vous me croirez. Mais on doit sortir d’ici.
-          Naïa… commença la scientifique.
-          Non mais tu crois quoi ?! s’impatienta Tol. Qu’on a attendu que mademoiselle arrête de se morfondre dans les regrets et la culpabilité pour chercher une issue ? Notre seule chance c’est de tenter quelque chose quand ils nous emmènerons à l’extérieur. Et même là, il y aura tellement de gardes qu’un miracle ne suffirait pas à nous sauver !
Naïa se rongeait les sangs. Tolendrin avait assez d’expérience pour ne pas mettre en doute ces dires. Que la vie est cruelle ! Il suffisait que Naïa retrouve la force de combattre, pour que tout soit perdu. La seule chance de pouvoir expier ses fautes en sauvant des âmes lui serait refusée ? Non ! elle ne baisserait pas les bras avant d’être dans les sous-mondes.
Les trois comparses discutèrent alors des plans d’évasions possibles. Naïa faisait preuve d’une imagination débordante, tandis que Roueloïna excellait dans le rationalisme et Tol dans le pessimisme. C’est après plusieurs heures de débat houleux, qu’ils tombèrent enfin d’accord sur leur meilleur plan, gardant tout de même un plan B, C et D au cas où.
Il discutait des détailles de la mise en place du plan D, quand un cliquetis ce fit entendre en direction de la porte qui ne tarda pas à s’ouvrir. Le temps était venu de mettre en œuvre leur plan A.
 
***
 
Ce fut Roueloïna qui le vit en premier. Selon leur stratagème elle devait se placer au milieu pour attirer l’attention du garde, pendant que Naïa et Tol lui sauteraient dessus. Mais dès que la porte s’ouvrit elle su qu’il était inutile d’appliquer leur plan.
Il n’avait plus aucune chance de s’enfuir.
Assise par terre elle resta subjuguée par la lumière irréelle qui lui parvenait, toutefois elle eu le bon réflexe de reculer vers le mur du fond. Devant sont étrange manège, les deux autres comprirent qu’il y avait un problème. Se tenant aux instructions, ils décidèrent de ne pas attaquer pour rejoindre Roueloïna. Il ne fallait compromettre le plan B maintenant que le A avait échoué. Ils réalisèrent, alors, qu’aucun de leurs plans ne leur serait utile devant la créature qui leur barrait l’entrée.
Ce n’était pas un garde, malheureusement… L’armure d’or et d’argent brillait de milles feux et éclairait le moindre recoin du trou où ils étaient enfermés. Tol regretta d’avoir laissé sa hache avec les chevaux pour plus de discrétion, il ne réalisa même pas que l’on ne lui aurait de toutes façons pas laissé après son arrestation. Roueloïna pu détacher ses yeux de l’être de lumière pour observer Naïa. Celle-ci, malgré son piteux état, lançait à la créature un regard de braise.
Le chevalier fit un pas pour entrer dans la cellule, somme toute assez grande, quand Naïa se releva les paume en avant, comme pour se rendre, mais la scientifique senti aussitôt un certain voile d’énergie s’élever entre la créature et eux même. Cette dernière lança une boule de lumière dans leur direction, comme pour évaluer les défenses, la sphère ricocha sur une frontière invisible avant de terminer sa course dans un tas de paille recouvert de toute sorte de choses dont il valait mieux ignorer la nature.
L’être de lumière se rapprocha un peu plus et se lança dans un combat paradoxal avec Naïa. Enfin, c’est comme ça que l’interpréta Roueloïna qui vit les deux protagonistes dans une grande concentration sans qu’il se passe quoi que se soit. Le visage entouré d’un halo lumineux du chevalier restait impassible tandis que celui de Naïa se crispait régulièrement de douleur. Tol trépignait, il ne savait que faire. Ce n’était pas dans ces habitudes de rester là les bras pantelants. Mais il n’avait pas d’arme et il eu assez de jugotte pour ne pas attaquer la créature à mains nues, il n’en était pas loin non plus. Roueloïna s’inquiétait de voir Naïa peiner à se stabiliser, même si la scientifique ne voyait rien du combat, elle ne comprenait que trop bien qu’il était en la défaveur de Naïa.
Le feu gagnait peu à peu du terrain dans la pièce et si le chevalier ne réussissait son œuvre, ce dont Roueloïna  doutait au plus haut point, les flammes s’en chargeraient.
 
***
 
Il faut repousser l’intrusion. Douleur. Il faut protéger. Flammes. Il faut rester avec Himé. Peur. Ne pas lâcher sa main. Chaleur. Sa main…
Naïa interrompt son bouclier et saisie les mains à droite et à gauche. Il faut sortir d’ici. Le chevalier profite de cette ouverture en envoyant une seconde boule de lumière colossalement plus puissante que la précédente.
Trop tard.
Elle va s’écraser sur le mur. L’édifice tremble, des pierres tombent. Finalement, tout s’écroule.
 
***
 
Le vent chargé d’embruns fait danser les cheveux de Roueloïna. Elle relève la tête et après un petit temps de troubles, elle s’écrit :
-          Incroyable ! Par Muon c’est tout simplement incroyable ! se retournant vers la jeune fille rousse elle ajouta : Tu ne peux plus contester tes pouvoirs maintenant.
Comme seule réponse Naïa, qui tenait toujours la main de Tol, celui-ci n’ayant pas encore repris ses esprits, cligna des yeux avant de s’évanouir promptement, retenue que par les réflexes du guerrier.
-          Oui je comprends, après tout tu dois être fatiguée, acquiesça Roueloïna comme si Naïa pouvait encore l’entendre.
Tolendrin se secoua un bon coup pour dissiper la confusion de son esprit. Après quelques instants, il sursautant se rappelant qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Puisque le hasard leur avait fournit un plan Z, il fallait en profiter. Il jeta un rapide coup d’œil aux alentours.
-          Nous ne sommes pas loin du port. Pas vraiment plus loin de la prison d’ailleurs, informa-t-il. Nous devrions nous dépêcher de rejoindre le bateau.
Sur ces mots il n’attendit pas l’assentiment de sa camarade pour partir d’un pas rapide, la jeune femme évanouie dans les bras. Roueloïna le rejoint expressément de ses petits pas qui faisaient à peine la moitié de ceux de Tol.
Derrière eux les flammes avaient fini par gagner le toit de la prison. De grands bruits d’effondrement accompagnaient le ronflement du feu.
 
Après une course éhontée entre rues et ruelles. Nos trois protagonistes arrivèrent en vu du port. Le bateau qu’ils avaient finalement acheté se trouvait tout au bout du ponton à l’ouest, un peu à l’écart.
Ne ménageant pas leur effort durant cette dernière ligne droite, ils furent tout de même obliger de stopper quand ils aperçurent une lueur divine leur parvenir du ponton. Marek tremblait de la tête aux pieds en brandissant malhabilement son épée rouillée en direction de la créature. Le chevalier de Richter n’était pas plus rassurer quelques pas devant, tandis que Vik’ se cachait derrière les chevaux qui n’avaient pas encore été monté en cale.
L’être divin souleva alors son arme prête à ferrailler avec le chevalier qui lui tenait tête. Il envoya son épée faire un large demis cercle en avant. Holric eu le réflexe de se baisser, roula sur la gauche se redressa et porta un coup au flanc de son adversaire. On reconnaissait bien là la maîtrise de la technique mais le manque d’expérience du chevalier, élevé dans les murs protecteurs de son noble domaine. Cependant, le coup qu’il venait de porter n’eu, visiblement, aucuns effets.
Regardant, les deux hommes – si la créature pouvait être qualifié d’homme – Tol n’hésita pas autant que dans la cellule quelques instants auparavant, il déposa Naïa sur le sol et s’approcha le plus discrètement possible des chevaux dans l’idée de récupérer sa hache. Il se demanda rapidement si cet être était le même que celui vu à la prison, voir de la chaumière baroque de Roueloïna. Mais le moment n’était pas à la réflexion, il fallait agir. Quand il fut assez près de son étalon il en tira son arme. Cet acte fit assez de bruit pour en avertir les combattants.
Les yeux blancs de la créature se tournèrent instantanément sur Tol. Oubliant sa proie agile qui ne faisait que lui échapper, il s’avança vers ce nouvel adversaire. Le guerrier ne possédait pas les leçons d’escrime dont avait bénéficié le chevalier Holric de Richter, mais il avait l’expérience. Depuis des années et des années, il avait appris à combattre par la force des choses, sa puissance compensant son manque d’agilité ou de finesse.
Il fit attention de ne pas se laisser hypnotiser par la lumière en attendant que la créature vienne à lui. Après avoir paré le premier coup il portât le second. Du tranchant de sa lame il visa le coup blanchâtre et lumineux. Quand la hache s’enfonça dans la chaire l’être poussa un cri silencieux pendant qu’un liquide blanc coulait de la plaie, et comme la fois d’avant, il y eu un flash de lumière où la créature divine disparue.
Tol se donna à peine le temps de reprendre sa respiration avant de lancer :
-          Ne me regarder pas comme ça ! On n’a pas le temps de moisir ici ! Je veux bien que le feu de la prison fasse diversion, mais un éclair lumineux ne passe pas inaperçu. Aller !
Ce dernier mot eu l’effet d’un choc et tout le monde s’activa aux derniers préparatifs du voyages. Roueloïna, à l’aide de Vik’, porta Naïa dans la seule cabine du bateau, tandis que les autres s’affairait entre les voiles et les cordes sous les ordres de Tol qui était bien le seul à posséder de vaque notions de navigations.
 
***
 
Roueloïna veillait Naïa depuis une bonne heure qu’ils voguaient vers l’ouest. La pauvre femme éreinter de ces cinq derniers jours somnolait en permanence. C’est vrai qu’elle avait peu connu de période aussi fatigante que celle-ci, et toutes ces émotions commençaient à ne plus vraiment être de son âge.
 
Au premier jour de leur arriver à Sumis, la scientifique fut très surprise de voir Marek courir vers eux alors qu’ils marchandaient avec le capitaine d’un bateau leur voyage vers Misoto. L’homme eu la présence d’esprit de ne pas crier son information devant tout le port, il s’approcha essouffler et murmura complètement catastrophé :
-          Naël… elle… Elle a été arrêtée !
-          Quoi ?! firent en cœur Roueloïna et Sir Holric.
-          Ils l’accusent de meurtre.
La femme de sciences abandonna sa négociation pour partir en direction de la prison afin d’en savoir plus, les hommes sur ces talons.
-          Où est Tolendrin ? demanda-t-elle en chemin.
-          Je ne sais pas. Je ne l’ai pas revu.
Ils retrouvèrent le guerrier devant la prison l’air méchant. Voyant les autres arriver il se redressa mais ne fit aucun geste vers eux.
-          Tol ! l’interpella Roueloïna. Vous savez ce qui ce passe avec Naël ?
-          Vous voulez dire Naïa. Je comprends tout à fait ce qui ce passe. C’est une meurtrière, et elle va sous peu être donnée à la potence comme tous les assassins de son espèce, répondit-il avec dégoût. J’attends qu’on me donne la prime.
Roueloïna fut accablé par tout ce qu’elle venait d’entendre. Après un long silence, la bouche ouverte elle demanda :
-          La… la prime ?
-          Pour l’avoir dénoncée, oui.
-          Sale honka… s’emporta Marek, alors que Sir de Richter le retint bons grés mal grés.
-          C’est la tueuse de six personnes ! crachat Tol. Pourquoi croyez-vous qu’elle vous a menti sur son identité ?
Roueloïna avait la tête pleine de questions, de faits, de réponses tout cela dans un capharnaüm incroyable. Elle décida d’en retenir l’essentiel, que Naël…enfin Naïa soit coupable ou non, cela ne changeait pas grand-chose aux liens qui les rattachaient à elle.
-          Mais vous êtes fou !
Les autres la regardèrent essayant de comprendre à qui elle s’adressait.
-          Tol vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? Dois-je vous rappeler qu’une espèce de fil paradoxal nous relie tous à Naël ?
-          Et bien quoi ? Après sa mort nous serons libre un point c’est tout.
-          Non, un point ce n’est pas tout ! Nous ne savons rien de ce lien. Peut-être qu’une partie est dans le plan fixe et qu’il relie les particules vitales fixes de tout le monde. Dans ce cas si un fixe est touché gravement les autres pourraient aussi être altérés !
-          Et alors ?
-          Et alors ?! et alors ! s’exclama Roueloïna proche de l’hystérie. Et alors, si Naël meurt on pourrait bien tous mourir !
Après un exposer complet sur les propriétés fondamental des plan fixe et paradoxal, dont seul Holric fut d’une écoute attentive, une incroyable dispute pour se lancer la faute les uns sur les autres, dont Tol était le centre, et un grand silence découragé initié par Marek, les compagnons s’évertuèrent à trouver une solution.
 
Roueloïna, fort de son don pour la négociation et son savoir en terme de lois, s’évertua à la prison pour comprendre le problème. La tache s’annonça plus dur que prévue, apparemment Naïa avait été très recherchée ces dernières semaines, et son sextuple meurtre ne faisait aucun doute pour les autorités. Elle voulu alors parler à la jeune femme, mais personne ne lui laissa la permission d’approcher de la cellule.
Un jour, donc, Roueloïna prépara une potion somnifère pour les gardes qui faisaient des rondes autour de la prison, sachant que la cellule de Naïa donnait sur l’extérieur grâce à un petit trou au plafond, comme toutes les cellules de haute protection. Elle y était allée avec Marek et Sir de Richter, pendant que ce dernier montait la garde, elle approcherait avec Marek. Il avait été assez facile de donner la potion aux gardes dans une bonne bouteille de vin. La conversation avec Naïa ne dura pas longtemps et fut un effroyable coup pour tout le monde, surtout pour Marek. Quand il apprit que les méfaits dont on accusait Naïa étaient fondés, il fut totalement abattu. Il refusa, alors, de sortir de la chambre d’auberge où ils s’étaient installés, le visage fermé il ne prononçait presque plus un mot.
Roueloïna dû se débrouiller avec Tol qui avait fini par ce laisser convaincre que libéré Naïa était la meilleur chose à faire pour tout le monde.
-          Pas pour ses victimes et leurs familles, avait-il répondu.
Cependant il aida Roueloïna à mettre un plan de sauvetage sur pied. Ils n’avaient pas de temps, très peu de moyens et une quasi impossibilité d’y arriver, mais aucun autre choix.
 
Ils décidèrent d’acheter un bateau, puisque entre Sir Holric de Richter et Roueloïna ils en avaient les moyens et que cela faciliterait grandement l’extradition d’une prisonnière en fuite. Pendant que le chevalier, son écuyer et Marek furent chargés de prendre des provisions et d’amener les chevaux près de l’embarcation, Tol et la femme de sciences se préparèrent à entrer dans la prison pour sauver Naïa.
Ils avaient espéré pouvoir rejouer de la potion somnifère et d’autres dont Roueloïna avait le secret. Ils avaient, malheureusement, sous-estimé largement les gardes sumisiens et surestimé leur chances, et se retrouvèrent rapidement encerclé et jeté dans le même trou que Naïa. Cela fut quand même une chance inespérée qui leur permit de s’enfuir, grâce à la jeune sorcière…
Cette femme avait de quoi en surprendre plus d’un, et le plus étonnant c’était qu’elle déclarait na pas être au courant de ces capacités !
 
Un craquement réveilla Roueloïna. Elle ouvrit les yeux d’un seul coup, se demandant où elle pouvait bien être. Après quelques instants elle se souvint se trouver sur un bateau en direction de Misoto.
Misoto… Beaucoup de choses les attendaient là-bas. Des réponses entre autres, espérait Roueloïna. Mais rien n’était moins sûr. Elle ne savait toujours pas comment convaincre le conseil universitaire de la laisser consulter une des collections les plus secrète des Savoirs Prohibés, sachant qu’elle devait bien être la dernière personne sur terre à qui ils octroieraient ce privilège.
 
 
 
FIN DU CHAPITRE 7

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