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Je Tue Elle


    Respiration haletante, transpiration incontrôlée, réveil soudain. Elle est dans son lit à demi-levée se soutenant par les bras. Rapidement sa main part à la recherche de l’interrupteur : Lumière. Son regard court sur tous les coins et les recoins de la pièce. Ne voyant rien elle se recouche.           
    Allongée sur le dos, emmitouflée dans les couvertures, elle fixe le plafond. C’est encore un de ces cauchemars qui la font souffrir. Un de ses cauchemars qui la hante bien après qu’elle se soit réveillée, dont elle ne veut pas se souvenir mais dont les images ne s’effacent pas. Mort, violence, colère, tristesse, épouvante…
    Elle ferme les yeux. Un homme est là, debout à coté du lit, à coté d’elle, la tête en sang. Elle ouvre les yeux. Il n’y a rien. Rien qu’elle dans sa chambre.
    La lumière de sa lampe de chevet est trop faible, elle tremble de tous ses membres. Elle se lève pour allumer le plafonnier. Encore une fois elle regarde derrière elle : il n’y rien. Dès qu’elle ne voit pas un endroit, dès qu’elle ferme les yeux, elle a cette sensation atroce qu’il y a là quelque chose. Sous le lit : un cadavre. Elle recule précipitamment et regarde de loin. Toujours rien.
    Des larmes coulent le long de ses joues alors qu’elle va voir à travers la fenêtre. Une nuit noire s’étend sur la ville. Il est 3h du matin, il se passera encore longtemps avant de pouvoir profiter de la lumière du jour. A cette lumière les monstres n’existent pas.
    Elle sait que les monstres n’existent pas, pas même en pleine nuit. Elle sait qu’il ne peut rien lui arriver dans cet appartement du 12ème étage avec porte blindé.
-          Tout est dans ta tête ! Tout est dans ta tête ! se répète-t-elle.
    Elle sort tout de même prudemment de sa chambre. Sa main se pose sur la poignée. Que va-t-elle trouver derrière cette porte ?
-          Il n’y a rien. Tu sais très bien qu’il n’y a rien.
    Malgré cela, ses doigts tremblent encore. Il n’y a rien, mais il y a moi. Elle ferme les yeux et ouvre brusquement la porte en même temps que ses paupières. Toujours rien. Un long couloir mortellement froid. Vite la lumière. Illuminés, les longs murs ne semblent pas plus chaleureux.
    Enfant elle ne connaissait pas cette émotion, pas comme aujourd’hui. Ce fluide glacial et affreusement visqueux s’insinuant dans l’esprit, pour contaminer tout le corps. Derrière toi. Sursautant elle se cogne contre le mur de ce couloir interminable rempli de cet insoutenable vide, de ce rien effroyable.
    Encore une porte. Il faut l’ouvrir, les toilettes sont derrière. Et seulement les toilettes. Pourtant, elle y voit un pendu. Les vers grouillant dans ses orbites vides pleurant du sang. Couinant de désespoir elle allume la petite pièce par l’interrupteur extérieur, un mince filet doré suinte sous la porte. Je suis là. Elle ouvre la porte à la volée, et ne peut retenir un sursaut sachant, pourtant, qu’elle n’y trouvera rien. Hideux abîme de néant qui existe que pour se remplir de mes fantasmes.
    Un autre obstacle s’oppose à elle dans cette nuit sans fin peuplée de ses rêves détestables. La cuvette est baissée.
-          Rien n’existe ! rien n’existe…
    Rien existe. Elle soulève l’abominable couvercle en bois. Une monstrueuse tête décapitée, les cheveux humides, les yeux vitreux fixés sur Elle.
    Stop ! Elle sort et se précipite dans la cuisine. En retournant dans sa chambre elle se voit suivre par cette étrange fille rampant atrocement à quatre pattes ses cheveux trempés traînant sur le sol. Non, ce n’est pas vrai. Je suis vrai.
Elle claque la porte et la ferme à double tour. Saute dans son lit le souffle court. Plus jamais ! Elle n’en peut plus. Ces infâmes visages tout autour d’elle fuyant sont regard. Elle referme la main plus fermement. L’ignoble fille pose ses doigts flétris sur les couvertures. Elle tranche. C’est bien.
    Le liquide s’échappe et s’écrase pathétiquement sur le sol. Je suis plus près. Elle voit encore ces monstrueux fantasmes venir lécher la flaque qui s’étend. Frissonnant, elle sent l’incroyable abysse obscur de l’inconscience la saisir…
 
    Réveil. Les rayons du soleil emplissent sa chambre. Elle s’assoie rapidement au bord du lit avant de fondre en larmes. Elle s’approche de la fenêtre et sourit de voir la ville grouiller de vie. Enfin sereine. Elle croit m’avoir échappée. Mais elle a tord. La lumière ne peut rien contre moi. Car moi, je suis elle.
    Un bras cadavérique dépasse de sous le lit, un pendu oscille près de la fenêtre, une tête se trouve dans la poubelle et la fille ruisselante lui saute à la gorge pour la morde, la griffer, souiller ses chaires.
    Car moi, je suis toi.


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